Visite chez les petits producteurs québécois

Il y a quelques semaines je vous parlais de Chez latina. Visite guidée d’une épicerie: chose que je n’aurais jamais imaginé vivre, mais qui ne pouvait finalement que m’enchanter. Contes comestibles et histoires à boire, bouffe et culture, un roman sans ratures. L’envie d’en savoir plus sur l’origine des produits qui s’étalent au rayon fruits et légumes nous a mené à remonter plus loin dans les pages de cette histoire d’amour entre producteurs locaux et épicerie urbaine.

Alors nous revoilà au coin de Saint Viateur et Esplanade. Départ imminent, pour ce qui sera une après midi mémorable chez les petits producteurs de Chez Latina. Derrière nous la ville. On se dirige vers le nord pour atteindre notre première destination. Après avoir quitté les grands axes, suivi les routes étroites et sinueuses, on arrive chez Stéphane Jean. 1 maison, 1 tracteur, 2 serres, 1 chien…et nous.

On entre dans cette bulle blanche comme dans une autre dimension. Devant nous, des rangées de feuillages qui s’entremêlent dans une atmosphère presque tropicale. Et en s’approchant un peu plus près, on distingue les légumes dans leurs premières phases de croissance. C’est ici et bien gardés, que les tomates et les concombres de Stéphane Jean passent quelques semaines avant d’arriver mûres et colorés sur les marchés environnants, mais surtout et quasi exclusivement, dans les paniers des « clients Latina« .

Eau et lumière. 2 éléments vitaux pour les habitants de la tente blanche. Pas de répit pour Stéphane Jean qui travaille 14 heures par jour. Oui, tant d’heures de labeurs qui s’expliquent par la rigueur que nécessitent saveur, esthétique et variété. Car rien n’est laissé au hasard dans la serre: chaque plante est positionnée stratégiquement en fonction de sa longueur et de la localisation de la source d’eau. Les tomates doivent pousser 4 par 4 au maximum, les fruits en excès étant sacrifiés pour la qualité de ceux qui iront jusqu’à maturité.

Tomates bleues, tomates zébrés, tomates roses, tomates cerises, tomates héritage, tomates coeur de boeuf… On se faufile entre chaque rangée et au fil des explications la serre devient plus qu’un lieu de culture: un laboratoire où l’on teste de nouvelles variétés, un musée où l’on a le droit de toucher et de goûter, une salle des machines qui mêle engins à moteur, tuyaux et tableau électrique.

C’est un travail acharné, de passionné, qui anime les journées et les soirées de ce producteur québécois. Un travail récompensé par une certification « Couleur Locale » attribuée au producteurs assurant la production de produits frais, sans pesticides, acheminés dans un rayon de 80 kilomètres aux alentours maximum. On reste en admiration devant ce monsieur qui, à côté de sa vie de famille, vit pour la lumière de ses plantes, en restant dans l’ombre de nos assiettes.

On reprend la route direction Mirabel. Deuxième arrêt: les vergers Terrasolen. Pas une minute à perdre, le ciel est menaçant, le terrain est vaste et Yannick finit tout juste de travailler pour nous faire un tour guidé. Ici pas de serres, les terrains cultivés s’étendent sans fin pour offrir une variété impressionnante de fruits et légumes certifiés bio: kale, tomates, pois sucré, gourganes, cerises, pommes… On observe et tente de deviner quelle pousse donnera naissance à quoi…sans grand succès! On préfère se taire et écouter les descriptions de l’agriculteur qui connait sa terre comme sa poche et qui maitrise le sens de l’humour aussi bien que sa pioche.

Toutes les plantations sont encore récentes, et cela nous permet de constater le volume de travail qui se cache derrière ces rangées vertes que l’on croise souvent sur la route, sans vraiment y prêter attention. Ici ce sont Yannick et Yelisa qui gèrent la totalité de la production, parfois aider de wwoofers: de jeunes étrangers souhaitant voyager tout en vivant une expérience de travail dans les champs, en échange d’un logement. Les pommiers en fleurs nous émerveillent et nous donnent envie de revenir pour la cuillette. Quant aux framboisiers, ils seront, eux, bientôt prêts pour que l’on en détache leurs délicieux fruits. Les pousses d’ail à perte de vue promettent d’assaisonner de nombreux plats, et les salades d’arriver à temps pour l’été.

Une goutte sur  le nez, on file se réfugier dans la maison. On décide de rester pour souper avec cette famille attachante qui nous raconte ce que représente la vie de petits producteurs indépendants. Les bons et les mauvais côtés. Une vie proche de la nature, qui, elle, apporte à la fois bien être et anxiété de par son calme et son imprévisibilité. Car pour un agriculteur, la météo représente bien plus qu’un choix entre sandales ou imperméable. C’est son travail passé et le futur de ses plantations qui en dépend. La pluie de ce soir menacera-t-elle les tomates et les fraises de demain? A la table, on plaisante et on change de sujet. La soirée passe à toute vitesse, entre anecdotes et débats enflammés.     

On reprend la route mais nos têtes restent dans les vergers. Cette après-midi nous aura changé le regard que l’on portait sur les étalages de nos épiciers. L’envie d’être conscient de l’origine de nos produits et de leur qualité, le souhait de transmettre notre reconnaissance et notre soutien aux producteurs locaux qui se consacrent à une production authentique et respectueuse de la terre.

Plus qu’un consommateur transformé, le rapport humain que nous avons partagé avec ces personnes généreuses et passionnées aura eu le même effet que celui de leurs mains sur les vergers: il nous aura fait mûrir et attendre impatiemment l’été.

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4 réponses à “Visite chez les petits producteurs québécois

  1. Ton texte exprime à la perfection une philosophie de proximité et de rapprochement. Le mantra quotidien à son meilleur. Merci.

  2. À l’Heritage du Jardin ( Stéphane Jean ) de combien ses légumes se distinguent par leur fraîcheur, saveur et surtout santé…Stéphane travaille en collaboration continue avec un agronome….qui le guide de façon très professionnelle pour en faire une super de belle production de légume comme on les mange en çe moment….Être certifié BIO…est un processus très complexe et long….et cela prend beaucoup de $$$$$…et c’est la seul raison du pourquoi que Stéphane Jean n’est pas certifié BIO….Les critères pour le devenir, Stéphane les donnaient tous…ils les appliques mais ne peut utiliser la certification. Heureusement que l’habit ne fait pas l’moine .

    Un client de l’Heritage du Jardin.

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